Dans un contexte de crises sécuritaires, climatiques et humanitaires, le Burkina Faso choisit de répondre par la production, le travail et la résilience. L’Offensive agropastorale et halieutique 2023-2025, lancée par les plus hautes autorités, se veut une réponse stratégique aux dépendances alimentaires et à la pauvreté rurale. En réunissant les forces vives du Liptako et du Soum, les autorités ont voulu traduire cette ambition nationale en dynamique locale : faire du Sahel un laboratoire vivant de la souveraineté alimentaire. Entre réhabilitation des zones pastorales, appui aux filières riz, maïs, pomme de terre et poisson, et création d’emplois décents pour les jeunes et les déplacés, le projet porte un souffle nouveau de cohésion et de dignité retrouvée.
Cette rencontre de Dori marque un tournant décisif dans la politique agricole du Burkina Faso. L’État ne veut plus simplement “aider” le monde rural, il veut désormais le propulser vers l’autonomie. Portée par la Politique Sectorielle de Production Agricole, Pastorale et Halieutique (PS-PASP) et le Plan National d’Investissement Agricole (PNIASP), l’Offensive agropastorale et halieutique traduit la vision présidentielle d’une souveraineté alimentaire réelle, indissociable de la souveraineté nationale. Elle place l’agriculture, l’élevage et la pêche au cœur de la reconstruction du pays, dans une logique de transformation structurelle et d’emplois durables. À travers cette démarche, l’État affirme sa volonté de libérer le potentiel productif du Sahel, de redonner confiance aux producteurs et de replacer le travail au centre du développement. Le message adressé aux forces vives du Liptako et du Soum est limpide : le salut du Burkina viendra de sa terre et de ses bras.
Une stratégie de relance par filières intégrées
Huit filières stratégiques concentrent les efforts : riz, maïs, blé, pomme de terre, poisson, volaille, bétail/viande et mangue. L’approche est pragmatique : articuler aménagements, subventions ciblées, appui-conseil et contractualisation public-privé.
- Pour le riz et le blé : 40 000 hectares de bas-fonds et de hautes terres à valoriser à Samendeni et Bagré, avec des variétés locales performantes (Orylux, TS2).
- Pour le maïs : 2 700 hectares de périmètres irrigués à équiper, des intrants subventionnés, des forages à gros débit, et des semences hybrides à haut rendement (Komsaya, Bondofa, SEMAX5).
- Pour la pomme de terre : 250 forages, 1 200 hectares de bas-fonds, 418 producteurs bénéficiaires, et une politique ambitieuse de chambres froides et conserveries.
- Pour la mangue : 2 millions de nouveaux plants, réhabilitation des vergers, subventions pour irrigation et fertilisation.
- Pour la pisciculture : mobilisation de 50 hectares de plans d’eau à Bagré, Samendeni et Soum ; 21 000 cages flottantes ; plus de 1 300 pisciculteurs appuyés.
- Pour l’aviculture et l’élevage : appui à 50 000 ménages vulnérables, reconstitution des cheptels et création de zones pastorales modernes à Doubegué-Tchierbo et Sondré-Est, modèles régionaux de cohabitation pacifique entre éleveurs et agriculteurs.
Le Sahel, terre d’expérimentation et de résilience
Le Liptako et le Soum n’ont pas été choisis au hasard. Région d’épreuves, mais aussi de bravoure, le Sahel concentre à lui seul la majorité des terres à potentiel agropastoral inexploitées. Les populations locales, déplacées ou sédentaires, deviennent les acteurs d’un renouveau territorial : la réhabilitation de zones pastorales, la construction de forages, la dotation en kits d’élevage, la valorisation des bas-fonds, ou encore la réintégration économique des jeunes VDP et PDI donnent un sens concret à la cohésion nationale.
L’agriculture redevient ici un acte de résistance : cultiver, c’est protéger la patrie.
Des impacts économiques et sociaux mesurables
Selon les projections du ministère en charge de l’Agriculture, la mise en œuvre intégrale du plan devrait générer :
- 647 500 tonnes de riz,
- 270 000 tonnes de maïs,
- 33 400 tonnes de pomme de terre,
- 77 350 tonnes de poisson,
- 140 000 têtes de petits ruminants,
- 18 millions de volailles et 85 millions d’œufs produits annuellement.
Ces résultats équivaudront à une hausse de 10,85 % du PIB agricole et de 4,85 % du PIB national, avec 100 000 emplois décents créés, prioritairement pour les jeunes, les femmes et les déplacés internes. L’Offensive devient donc non seulement un programme productif, mais aussi un pacte social et territorial.
Un nouveau modèle de gouvernance agropastorale
Le plan repose sur une gouvernance intégrée : unités opérationnelles au sein du MARAH, coordination par un Secrétariat technique et pilotage stratégique par une cellule nationale.
Mais la véritable innovation réside dans l’ouverture au secteur privé national : 54 % du financement attendu provient de partenaires privés, contre 46 % publics.
À cela s’ajoute la création d’un fonds unique de financement agropastoral, l’élargissement de l’assurance agricole, l’instauration d’un quota d’achat local pour le riz et le poisson, et des mesures dérogatoires pour simplifier les partenariats public-privé.
Le défi de la mise en œuvre locale
Les Forces vives du Liptako et du Soum ont exprimé leurs attentes : sécurisation foncière, accès au crédit, transparence dans la distribution des intrants, et implication réelle des collectivités. Ces régions veulent être des zones pilotes non plus bénéficiaires, mais coproductrices du changement.
Comme l’a rappelé un leader communautaire à Dori : « Nous ne demandons plus la charité. Donnez-nous les outils et nous nourrirons le pays. » Le Burkina Faso entre dans une ère nouvelle : celle où la souveraineté ne se décrète pas, mais se cultive. À travers l’Offensive agropastorale, le pays se réconcilie avec sa vocation : transformer la souffrance en force, la terre en espérance. Dans le Liptako et le Soum, cette vision prend racine : les forces vives, agriculteurs, éleveurs, jeunes et femmes, se lèvent pour redonner sens au mot “produire”. Le Sahel devient ainsi le laboratoire de la renaissance nationale, et chaque champ labouré une parcelle de souveraineté retrouvée. Au-delà des chiffres, c’est une fierté collective qui s’installe : celle d’un peuple qui décide, enfin, de se nourrir lui-même.
Dramane KONATE







