Conte 2: Le Chat et le Miroir du Grenier

Dans un petit village posé au bord d’une colline rouge, là où les manguiers murmurent au vent et où les nuits brillent comme des calebasses étoilées, vivait un jeune chat nommé Zangba. Il était noir comme un ciel d’hivernage, mais ses yeux brillaient d’un jaune profond, semblable à la flamme d’une lampe à beurre de karité. Zangba était curieux, courageux, mais aussi parfois un peu trop impulsif.

Un jour, alors que le soleil se retirait doucement derrière les néré géants, la grand-mère du village demanda à Zangba de monter au grenier chercher une vieille calebasse. C’était un grenier ancien, dont les poutres grinçaient comme des vieux tambours. Les enfants n’osaient jamais y entrer, car on racontait que son silence ressemblait à celui des esprits.

Zangba, lui, n’avait peur de rien. Il grimpa les marches raides, poussa la porte grinçante et entra dans la pénombre. Une odeur de poussière vieille comme le monde flotta autour de lui. Il avança, ses pattes effleurant les nattes oubliées, les paniers tressés et les poteries cassées. Puis, soudain, quelque chose attira son attention : une lueur douce, comme un morceau de lune coincé sur le sol.

C’était un miroir.

Un vieux miroir encadré de bois sculpté, oublié depuis longtemps. Sa surface n’était ni toute claire ni toute trouble : on aurait dit qu’elle respirait encore. Zangba s’approcha, intrigué. Lorsqu’il se pencha au-dessus, il aperçut son propre reflet… mais quelque chose clochait.

Le reflet ne bougeait pas tout à fait comme lui.

Zangba recula, surpris.
— Hé, qui es-tu ? demanda-t-il.
Son reflet cligna des yeux, comme s’il répondait :
— Je suis toi, mais tu ne me connais pas encore.

Le chat sentit son cœur bondir, mais sa curiosité fut plus forte que sa peur. Il s’assit devant le miroir, le fixant longuement.
— Si tu es moi… pourquoi ne fais-tu pas exactement ce que je fais ?
Le reflet sembla sourire.
— Parce que je te montre ce que tu es vraiment, et pas seulement ce que tu fais.

Zangba ne comprenait pas.
Le miroir frémit légèrement, comme traversé d’une brise.
— Chaque jour, tu fais des bons, tu poursuis les papillons, tu t’énerves, tu ris, tu oublies, tu cours… mais te regardes-tu vraiment ?

Zangba resta silencieux. Jamais il ne s’était posé la question.

Le miroir lui montra alors des images :
Il se vit lorsqu’il s’énervait inutilement contre les pintades qui picoraient près de lui.
Il se vit rire de la lenteur du lézard alors que lui-même trébuchait parfois.
Il se vit ignorer les chatons plus jeunes qui cherchaient à jouer sans oser l’approcher.

Zangba baissa les oreilles.
— Est-ce vraiment moi ?
— Oui, répondit doucement le miroir. Mais regarde encore.

D’autres images apparurent, comme des souvenirs éclairés par la lune :
Zangba protégeant un oisillon tombé du nid.
Zangba partageant son repas avec le vieux chien affamé.
Zangba se battant pour empêcher un serpent d’approcher la case de la grand-mère.

Le chat sentit son cœur se réchauffer.
— Alors… je suis tout cela ?
Le miroir hocha silencieusement.
— Oui. Tu es la lumière et l’ombre. La force et la faiblesse. Les erreurs et les belles actions. Se connaître, Zangba, c’est apprendre à reconnaître ce qui doit grandir en toi… et ce qui doit s’apaiser.

Le jeune chat resta un long moment devant son reflet, méditant. Pour la première fois, il se sentit à la fois petit et immense. Petit parce qu’il avait tant à apprendre, immense parce qu’il était capable de devenir meilleur.

Soudain, une brise fit trembler les tuiles du grenier. La nuit avait avancé, la lune s’était levée, et la grand-mère appela depuis le bas :
— Zangba ! Où es-tu ? La calebasse ne va pas venir toute seule !

Le chat se retourna vers la voix, puis vers le miroir. Mais cette fois, son reflet bougeait exactement comme lui. Le miroir était redevenu un simple objet… ou avait-il seulement choisi de se taire ?

Zangba descendit avec la calebasse. La grand-mère, en voyant son expression calme et lumineuse, haussa un sourcil.
— Tu as vu quelque chose là-haut ?
Zangba répondit simplement :
— J’ai vu ce que je dois devenir.

Les jours qui suivirent furent différents.
Zangba devenait plus patient.
Il écoutait davantage.
Il réfléchissait avant de se fâcher.
Les animaux du village remarquèrent qu’il avait changé, sans comprendre comment. Le jeune chat devint un conseiller pour les plus petits et un exemple pour les plus grands.

Chaque nuit, il montait au grenier, non pas pour revoir la magie du miroir, mais pour se rappeler ce qu’il avait appris :
ne pas fuir son reflet, mais le connaître, l’apprivoiser, et le guider vers le meilleur.

On raconte encore aujourd’hui, dans les concessions de terre battue, que le grenier garde un miroir qui montre l’âme avant de montrer le visage. Mais il ne s’ouvre qu’à ceux qui ont le courage de se regarder vraiment.

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