BURKINA/AES : La SEMH-AES ouvre le débat sur la souveraineté des ressources extractives

La première Semaine de l’Énergie, des Mines et des Hydrocarbures de l’Alliance des États du Sahel (SEMH-AES), couplée à la 8ᵉ édition de la Semaine des activités minières d’Afrique de l’Ouest (SAMAO), a ouvert à Ouagadougou un débat stratégique sur l’avenir des ressources naturelles du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Gouvernance, transformation locale, industrialisation et souveraineté économique sont au cœur des échanges.

Le sous-sol des pays de l’AES constitue l’un des principaux réservoirs de richesses naturelles de la région. Mais disposer de ressources minières, énergétiques ou pétrolières ne suffit pas à garantir leur contribution optimale au développement économique. C’est autour de cette problématique que les acteurs des secteurs minier, énergétique et des hydrocarbures des trois pays se retrouvent à Ouagadougou du 14 au 19 septembre 2026, sous le thème « Gouvernance des ressources extractives : enjeux géopolitiques, défis et opportunités pour les États africains ».

Le sous-sol au cœur de la souveraineté

Yacouba Zabré GOUBA, ministre burkinabè de l’Énergie, des Mines et des Carrières : « Cette semaine doit constituer et contribuer à faire du secteur de l’énergie et des industries extractives un véritable levier du développement et de la souveraineté de la Confédération pour valoriser pleinement nos ressources. »

La conférence publique inaugurale, organisée le lundi 14 septembre à l’Université Joseph-Ki-Zerbo, a donné le ton de cette première édition. Le ministre burkinabè de l’Énergie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zabré Gouba, a insisté sur le caractère stratégique de ces secteurs pour les États de l’AES, appelant à dépasser une approche limitée à l’exploitation des ressources pour en faire de véritables instruments de développement économique et de souveraineté. La rencontre a réuni des acteurs des trois pays, ainsi que des étudiants et enseignants-chercheurs de l’Université Joseph-Ki-Zerbo, autour d’un état des lieux des potentialités nationales et d’une réflexion sur les politiques publiques à mettre en œuvre.

Fini le modèle « extraire et exporter » ?

La transformation locale figure parmi les principales questions posées par les autorités. Pendant longtemps, la chaîne de valeur des industries extractives africaines s’est concentrée sur l’extraction et l’exportation, laissant l’essentiel de la transformation et de la valeur ajoutée se réaliser hors du continent. La SEMH-AES place au premier plan une autre logique : extraire, transformer, produire et créer davantage de valeur au sein de l’espace sahélien — une orientation qui concerne autant les minerais que les hydrocarbures et l’énergie. Transformer localement les ressources suppose de développer de nouvelles industries, de créer des emplois qualifiés, de renforcer les compétences nationales et d’accroître les recettes issues des chaînes de valeur. Le défi consiste ainsi à passer progressivement d’une économie de ressources à une économie industrielle fondée sur les ressources.

Burkina, Mali, Niger : trois potentialités, une réflexion commune

L’intérêt de la SEMH-AES réside aussi dans sa dimension régionale. Les trois pays disposent de profils de ressources différents mais complémentaires : le Burkina Faso et le Mali sont réputés pour leur potentiel aurifère, tandis que le Niger dispose d’importantes ressources en uranium et en pétrole. Cette diversité ouvre la voie à une réflexion commune sur les infrastructures, les compétences, les investissements, la transformation et les échanges intra-AES, avec pour ambition de créer un espace commun de promotion de ces secteurs et d’en faire des leviers de développement et de souveraineté pour la Confédération.

La transformation locale, nouveau front de l’industrie minière

Amadou KEITA, ministre des mines du Mali : « Nous avons compris justement qu’il ne s’agit pas uniquement d’avoir des ressources minérales, il faut aussi pouvoir les transformer. »

Dans le secteur minier, la transformation locale peut prendre plusieurs formes : traitement et raffinage des minerais, fabrication de matériaux, développement d’industries métallurgiques, production d’équipements et sous-traitance industrielle locale. Pour les matériaux de carrière, l’enjeu de la valorisation locale passe par le concassage, la production de granulats aux normes, la fabrication de béton, la préfabrication et la production de matériaux destinés au BTP. Cette approche permettrait d’élargir la chaîne de valeur au-delà du simple site d’extraction, mais suppose des investissements importants dans l’énergie, les infrastructures, la formation professionnelle, la recherche et les capacités industrielles.

Le contenu local comme outil de souveraineté économique

La souveraineté des ressources ne se mesure pas uniquement à la propriété des gisements ; elle dépend aussi de la capacité des économies nationales à participer à la chaîne de valeur. C’est là que la question du contenu local prend toute son importance : les entreprises nationales peuvent être davantage associées à la fourniture de biens et services, à la maintenance, au transport, à la construction, à l’ingénierie, à la formation et, progressivement, à la transformation industrielle. Le développement d’un tissu de PME spécialisées autour des grands projets extractifs permettrait de conserver une part plus importante de la valeur créée dans les économies nationales. Pour les États de l’AES, le défi sera de transformer le contenu local en véritable politique industrielle.

L’énergie : la condition de l’industrialisation

La transformation des matières premières exige une autre ressource stratégique : l’énergie. Une politique ambitieuse de transformation locale ne peut être durable sans une offre énergétique disponible, compétitive et fiable — ce qui explique le rapprochement, au sein d’un même événement, des secteurs des mines, de l’énergie et des hydrocarbures. Les industries minières consomment déjà de l’énergie ; les unités de transformation, les usines et les chaînes de production en consommeront davantage encore. La souveraineté minière apparaît ainsi étroitement liée à la souveraineté énergétique.

De la richesse du sous-sol à la prospérité des populations

Hamadou TINI, Le ministre du Pétrole du Niger : « Les ressources naturelles sont devenues un instrument de puissance. »

Au-delà des considérations géopolitiques et industrielles, la question centrale demeure celle des retombées économiques et sociales. La richesse minière n’acquiert une véritable portée développementale que lorsqu’elle contribue à financer les infrastructures, l’éducation, la santé, la formation, l’emploi et la diversification économique. La SEMH-AES entend favoriser une réflexion permettant de mieux transformer les potentialités énergétiques, minières et pétrolières des trois pays en valeur ajoutée, en emplois, en revenus et en développement socioéconomique — posant du même coup la question de la transparence, de la gouvernance, de la responsabilité environnementale et de l’équilibre entre exploitation industrielle et intérêts des communautés.

Une semaine pour passer du discours aux solutions

La SEMH-AES et la SAMAO 2026 ne se limitent pas aux conférences. Le programme prévoit des panels, des sessions techniques, des espaces d’exposition, des rencontres B2B ainsi que des visites de sites miniers, énergétiques et touristiques. Le site officiel annonce plus de 500 stands, une centaine d’aires d’exposition et plus de 15 000 participants attendus — autant d’occasions pour les opérateurs économiques, investisseurs, chercheurs, fournisseurs et décideurs publics d’examiner les possibilités de coopération. Les exploitants de substances de carrières du Burkina Faso ont d’ailleurs été sensibilisés en amont à l’importance de leur participation à ces manifestations.

Une nouvelle étape dans la coopération minière de l’AES

L’AES veut convertir ses richesses minières, énergétiques et pétrolières en valeur ajoutée

La première SEMH-AES marque une évolution dans la manière d’aborder les ressources naturelles à l’échelle des trois pays. La mise en commun des réflexions sur les mines, l’énergie et les hydrocarbures traduit la volonté de rechercher des complémentarités au sein de l’espace confédéral, ouvrant des perspectives dans les infrastructures, la formation, la recherche, la transformation industrielle et les échanges commerciaux. Le 15 septembre, le Premier ministre burkinabè a reçu les ministres de l’AES chargés des mines, de l’énergie et des hydrocarbures, avec pour thème central la valorisation des ressources naturelles au service du développement industriel et de la souveraineté économique de l’espace confédéral.

Le véritable défi : construire une chaîne de valeur sahélienne

Reste la question de la concrétisation. Transformer la richesse du sous-sol en souveraineté économique nécessite plus que des déclarations d’intention : cela suppose des politiques cohérentes, des infrastructures adaptées, des investissements, des compétences, une énergie disponible, des mécanismes de financement et un secteur privé capable de prendre sa place dans la chaîne de valeur. La SEMH-AES ouvre ainsi un chantier stratégique pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger. L’enjeu n’est plus seulement de savoir combien de tonnes de minerais peuvent être extraites du sous-sol sahélien, mais combien de valeur, d’emplois, d’industries et de compétences les États de l’AES peuvent construire autour de ces ressources. C’est sans doute là que se situe l’un des principaux défis de la nouvelle gouvernance des ressources extractives dans l’espace sahélien.

Abdouramane Abdoulaye  MAIGA

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