La nomination d’Amir Abdou à la tête des Étalons comme sélectionneur marque un tournant important pour le football burkinabè. Mais l’enjeu dépasse largement le choix d’un homme. La vraie question est collective, sommes-nous prêts, dirigeants, acteurs et supporters, à créer un environnement sain, stable et professionnel pour permettre à notre équipe nationale de progresser durablement ? Le moment est venu d’assumer nos responsabilités et d’ouvrir un débat lucide sur l’avenir des Étalons.

Au-delà du choix d’Amir Abdou comme sélectionneur national, l’opinion pose une question importante : sommes nous prêts à offrir au nouveau sélectionneur les conditions réelles d’une performance durable ? Le débat ne porte pas seulement sur l’homme, mais aussi sur le système.
La Fédération burkinabè de football a officialisé la nomination d’Amir Abdou à la tête des Étalons A. Au regard des profils qui étaient en lice dont Pascal Dupraz, Michel Der Zakarian, Stéphane Appiah, sans oublier des techniciens locaux comme Kamou Malo ou Oscar Barro, la Fédération a opté pour un entraîneur qui s’est construit une réputation sur la discipline tactique, l’organisation et la capacité à tirer le meilleur de sélections considérées comme modestes.

Et comme toujours au Burkina Faso, ce changement suscite à la fois espoirs et interrogations. Pour beaucoup, ce recrutement est une preuve de lucidité car il est normal d’aller chercher une expertise internationale lorsque les résultats nationaux ne sont pas satisfaisants. Pour d’autres, c’est une remise en question de la capacité de nos techniciens locaux à porter l’équipe nationale vers les sommets. Mais au-delà des débats, une vérité simple s’impose : aucun entraîneur ne peut réussir si l’environnement autour du onze (11) national reste instable.
Un entraîneur n’est pas un magicien
Amir Abdou arrive avec un CV respectable. Il a prouvé qu’avec des moyens modestes, on peut structurer une équipe, l’organiser tactiquement et obtenir des résultats respectables sur la scène continentale. Sous sa conduite, des sélections comme les Comores et la Mauritanie ont joué avec ordre, discipline et ambition. Cela inspire naturellement confiance.
Mais souvenons-nous d’une évidence : aucun entraîneur ne peut transformer une équipe si l’écosystème autour n’est pas propice à la performance. Sans un environnement sain, une autonomie réelle, et un soutien sincère, même les meilleurs plans tactiques restent des chimères.
Liberté de travail : une exigence, pas un luxe
Le Burkina Faso doit tirer les leçons du passé. Trop souvent, autour de notre équipe nationale, les lignes sont floues. Des pressions existent, des influences s’exercent, des recommandations s’invitent et ce n’est un secret pour personne. Si nous voulons être crédibles, il faut accepter cette vérité sans passion excessive. Ce n’est pas accuser. C’est reconnaître pour corriger. Ce sont des phénomènes que l’on retrouve dans beaucoup de pays, mais qui sont combattus avec fermeté là où l’on veut vraiment progresser.
Aujourd’hui, il est impératif que le nouveau sélectionneur Amir Abdou dispose d’une liberté réelle pour travailler, choisir ses adjoints et établir sa stratégie sans interférence inappropriée. Cela ne signifie pas une absence de dialogue avec la Fédération ou les acteurs du football national, mais une séparation nette entre décision sportive et intérêts périphériques.
Il est également essentiel d’abandonner l’idée selon laquelle tous les adjoints doivent être locaux. La compétence doit primer, qu’elle soit nationale ou internationale. L’important, c’est la cohésion, la complémentarité, et la confiance mutuelle entre le coach principal et son staff technique.
Mérite et transparence : deux valeurs non négociables
Le public burkinabè ne demande qu’une chose, que les choix soient faits dans le mérite et dans la transparence.
Si un joueur est sélectionné, qu’il le soit par mérite. Si un joueur est écarté, que cela relève d’un choix technique assumé. Si les résultats tardent, qu’ils soient analysés avec objectivité. Trop souvent, des joueurs sélectionnés font polémique sur la toile pour des raisons de performances ou d’apport technique. Cela fragilise le collectif, crée des frustrations et finit par diluer l’esprit d’équipe.
Offrir à Amir Abdou la possibilité de sélectionner les joueurs qui répondent à ses critères tactiques, physiques et mentaux est une condition sine qua non pour juger objectivement ses résultats.
Le Burkina Faso dispose d’une belle génération de jeunes talents locaux et des professionnels évoluant en clubs européens. Mais encore faut-il que ces talents soient détectés, suivis et intégrés selon des critères stricts de performance, et non sous la pression de l’actualité ou de l’émotion.
Un appel à la responsabilité collective
Le succès de l’équipe nationale ne repose pas seulement sur l’entraîneur. Il repose sur la cohésion entre les acteurs, la clarté des processus, la transparence des choix et la rigueur dans la gestion du football national. Il ne s’agit pas ici de rejeter qui que ce soit, mais de reconceptualiser notre manière de penser le football burkinabè.
La Fédération a fait un choix audacieux. Elle doit maintenant le protéger, l’assumer et créer les conditions pour qu’il porte ses fruits. Cela demande du courage, de la patience et un soutien sincère et collectif.
Désormais, dirigeants, présidents de clubs, managers, autorités publiques ont tous un rôle à jouer. Le moment est venu de s’asseoir et de se parler pour le bonheur du football burkinabè.
Ce n’est pas une question de nationalité. Ce n’est pas une opposition entre expertise nationale et internationale. C’est une question de d’intérêt commun, de gouvernance et de maturité.
Les supporters doivent faire preuve de patience maintenant car le football est une suite logique. Il faut de la méthode, il faut du respect des rôles, il faut du travail et il faut une vision solide et claire.
Vers un nouveau chapitre, mais dans quelles conditions ?
Si aujourd’hui Amir Abdou dispose d’un staff de confiance, une autonomie stratégique, des critères de sélection clairs, un environnement sans ingérence alors oui, nous pourrons juger réellement ses compétences et ses capacités à élever le niveau de notre Onze national. Sinon, nous continuerons à tourner en rond en changeant d’entraîneur tous les deux ou trois ans sur le banc sans jamais toucher au fond des problèmes structurels.
Le football burkinabè ne mérite pas d’être un éternel recommencement. Il mérite une ambition claire, un cadre solide et une vision collective portée par tous et cette responsabilité là nous appartient à tous.
John Leonel KABORE
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