Ouagadougou, le 06 août 2026 — Le Mémorial Thomas Sankara a inauguré ce jeudi la première édition des « Jeudis du cinéma révolutionnaire », une initiative qui entend faire du septième art un outil de transmission de l’histoire, d’éveil des consciences et de formation citoyenne. Pour cette séance inaugurale, deux œuvres consacrées à la figure de Thomas Sankara ont été projetées : Un peuple debout, du réalisateur Rasmane Ouédraogo, et Thomas Sankara, l’humain, de Richard Thiennet.
Le choix du premier jeudi d’août pour lancer cette initiative n’est pas anodin : il s’inscrit dans le devoir de mémoire dédié à Thomas Sankara et à ses douze compagnons tombés le 15 octobre 1987. La projection cinématographique est venue prolonger le cérémonial d’hommage militaire organisé plus tôt sur le site du Mémorial, rappelant que la mémoire nationale ne se limite pas aux commémorations officielles mais peut aussi se transmettre par l’image, le récit et le débat. Pour les initiateurs du projet, le cinéma offre une force particulière pour rendre l’histoire accessible aux jeunes générations qui n’ont pas connu directement la Révolution démocratique et populaire, en transformant témoignages et récits en supports de compréhension des réalisations, mais aussi des difficultés et des erreurs du passé.
Prenant la parole à cette occasion, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, a insisté sur la nécessité de tirer les leçons de la Révolution pour mieux construire le présent, appelant à valoriser ses acquis tout en reconnaissant ses erreurs. « Les pas que nous posons aujourd’hui, c’est de nous ressourcer hier », a-t-il déclaré, soulignant le rôle des archives et de la mémoire dans la construction de l’avenir.

La dimension pédagogique est au cœur de cette initiative, qui vise à rapprocher la jeunesse burkinabè de l’histoire du pays et de l’héritage de la Révolution démocratique et populaire. Mamadou Tamboura a salué une démarche permettant à la nouvelle génération de mieux comprendre cette période : « Cette initiative offre à la nouvelle génération l’occasion de découvrir autrement l’histoire de Thomas Sankara et de mieux saisir la portée de son héritage. » Ayant lui-même connu la période révolutionnaire alors qu’il était enfant, il estime que cette projection lui permet aujourd’hui de porter un regard nouveau sur cette époque, qui prend selon lui un « deuxième sens » avec le recul. Il relève également que la figure de Sankara continue de dépasser les frontières du Burkina Faso, le simple fait de porter les couleurs du pays suscitant parfois, à l’étranger, des réactions associées à son nom — signe, selon lui, de la place qu’occupe cette figure dans l’imaginaire collectif africain.
Au-delà de la dimension historique, les échanges ont permis d’établir un parallèle entre les mobilisations populaires d’hier et les initiatives citoyennes d’aujourd’hui. Pour le participant Zougmore Relwende, la transformation du pays passe nécessairement par l’implication de la population : « Le peuple doit non seulement participer à la construction de son avenir, mais également contribuer à défendre les acquis obtenus. »
Cette démarche s’inscrit enfin dans une volonté plus large de souveraineté culturelle, portée par la conviction que raconter sa propre histoire et valoriser ses héros participent à l’affirmation de l’identité nationale. Les organisateurs souhaitent désormais faire de ces rencontres un rendez-vous mensuel, ouvert aux jeunes, aux établissements scolaires et universitaires, aux acteurs culturels et aux organisations citoyennes, afin de faire du Mémorial Thomas Sankara un espace vivant de dialogue entre les générations et de transformer la mémoire en réflexion, et la réflexion en engagement pour l’avenir du Burkina Faso.
Clément Kaba







