OUAGADOUGOU, 22 juillet 2026 — Elles ne provoquent ni fièvre spectaculaire, ni douleur immédiate, et pourtant elles rongent silencieusement le foie de milliers de Burkinabè, parfois jusqu’à la cirrhose ou au cancer. À l’approche de la Journée mondiale de lutte contre l’hépatite, célébrée chaque 28 juillet, le ministère de la Santé, à travers le Programme sectoriel santé de lutte contre le Sida, les IST et les Hépatites virales (PSSLS-IST/HV), a organisé ce mercredi 22 juillet 2026 une conférence de presse à Ouagadougou pour présenter les activités prévues au titre de l’édition 2026, en présence de Dr Laurent Moyenga, coordonnateur de programme à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Dans sa déclaration, le coordonnateur du PSSLS-IST/HV, Dr Natyon Dieudonné Soma, a d’emblée planté le décor de cette « épidémie silencieuse » : « Chaque jour au Burkina Faso, des milliers de personnes vivent avec une hépatite virale sans le savoir. Elles poursuivent leurs activités, se sentent parfois en parfaite santé, alors que la maladie évolue silencieusement jusqu’à provoquer, dans certains cas, une cirrhose ou un cancer du foie. Pourtant, cette évolution peut être évitée grâce au dépistage précoce, à la vaccination et à une prise en charge adaptée. »

Des chiffres qui interpellent
Les données nationales disponibles donnent la mesure du problème de santé publique que représentent les hépatites virales B et C dans le pays. Leur prévalence est estimée respectivement à 9,1 % et 3,6 % au sein de la population générale. Une enquête de surveillance sentinelle menée en 2025 auprès des femmes enceintes de 15 à 45 ans a par ailleurs relevé une prévalence de l’hépatite B de 5,92 % et de l’hépatite C de 2,49 % dans ce groupe. Des chiffres d’autant plus préoccupants, selon Dr Soma, que ces maladies évoluent le plus souvent sans symptômes pendant plusieurs années : « Beaucoup de personnes découvrent leur statut lorsque des complications graves sont déjà installées. Derrière ces chiffres se cachent des milliers de familles confrontées à la souffrance, à la perte de revenus et parfois à la disparition prématurée d’un proche. »
« Hépatite, parlons-en » : faire tomber les barrières

Cette année, la Journée mondiale est célébrée sous le thème « Hépatite : faisons tomber les barrières », avec pour slogan « Hépatite, parlons-en ». Un thème qui, selon le coordonnateur du PSSLS-IST/HV, invite à lever tous les obstacles qui empêchent encore de nombreuses personnes d’accéder à l’information, au dépistage, à la vaccination, aux soins et au traitement. « Il nous rappelle également que les hépatites virales ne constituent pas seulement un défi médical : elles sont aussi un enjeu social, économique et humain. »
Mais des raisons d’espérer existent, a-t-il tenu à souligner : les hépatites peuvent être prévenues, dépistées et, pour certaines, traitées efficacement lorsque le diagnostic est posé à temps. Le gouvernement burkinabè, sous le leadership du ministère de la Santé, poursuit ses efforts pour renforcer la prévention, la vaccination, le dépistage, l’accès aux soins et la prise en charge des personnes vivant avec les hépatites virales.
Un programme d’activités jusqu’au 28 juillet
Au menu de l’édition 2026 : des discours officiels des représentants du ministère de la Santé et des partenaires techniques et financiers, une présentation des statistiques nationales sur la prévalence des hépatites virales et des efforts de riposte, ainsi que des témoignages de personnes vivant avec l’hépatite, destinés à souligner l’importance du dépistage précoce et de la prise en charge. Des sessions de sensibilisation porteront sur les modes de transmission et les mesures de prévention, avec un accent particulier sur la vaccination contre l’hépatite B chez les nouveau-nés et les populations à haut risque, ainsi que sur les options de traitement disponibles dans le pays. Des campagnes de dépistage volontaire, gratuit ou à coût réduit, seront également organisées dans plusieurs centres de référence pour faciliter l’accès des populations à ce service essentiel.
Objectif 2030 : moins 90 % d’infections, moins 65 % de mortalité

Le Burkina Faso a souscrit à la stratégie mondiale du secteur de la santé contre les hépatites virales de l’Organisation mondiale de la santé, qui vise, d’ici 2030, à réduire de 90 % les nouvelles infections par les virus de l’hépatite B et C, et de 65 % la mortalité liée à leurs complications, notamment la cirrhose et le cancer du foie. La conférence de presse s’est conclue par un appel à une mobilisation accrue des ressources et à un renforcement des politiques de santé pour atteindre ces objectifs d’élimination.
Les journalistes, « ambassadeurs » de la lutte
S’adressant directement aux professionnels des médias présents, Dr Soma a insisté sur leur rôle de relais auprès des populations : « Par vos articles, vos émissions, vos reportages et vos publications sur les réseaux sociaux, vous avez le pouvoir de sensibiliser, de combattre les idées reçues et d’encourager les populations à adopter des comportements qui sauvent des vies. Un article ou un reportage peut convaincre une personne de se faire dépister. Une émission peut inciter une famille entière à faire vacciner ses enfants. Une information juste peut sauver une vie. »
Une ambition résumée en une phrase par le coordonnateur du PSSLS-IST/HV : faire tomber toutes les barrières qui empêchent encore les populations d’accéder au dépistage, à la vaccination, au traitement et aux soins.
Dramane FAYAMA







