La découverte, le 5 juin dernier, de milliers de poissons morts flottant à la surface du barrage n°3 de Ouagadougou a provoqué une vive émotion au sein de la population. Au-delà du choc visuel et des inquiétudes sanitaires, cet épisode met en lumière une réalité plus préoccupante : la dégradation progressive de l’un des principaux plans d’eau de la capitale.
Les analyses effectuées par les laboratoires du ministère en charge des Ressources animales et halieutiques ont permis de lever le voile sur les causes immédiates de cette catastrophe écologique. Les résultats sont sans appel : un pH extrêmement acide de 4,48, associé à un déficit critique en oxygène dissous, a entraîné une asphyxie massive des poissons, notamment des tilapias.
Mais derrière ces paramètres techniques se cache une question essentielle : comment un barrage aussi stratégique a-t-il pu atteindre un tel niveau de déséquilibre ?

Les constats dressés par les équipes techniques révèlent l’existence de multiples sources de pollution. Les eaux usées drainées vers le barrage, les rejets issus d’activités hôtelières, l’utilisation de produits phytosanitaires dans les exploitations maraîchères environnantes ainsi que le lessivage des sols provoqué par les premières pluies ont créé un cocktail particulièrement nocif pour l’écosystème aquatique.

Cette situation n’est pas le fruit du hasard. Elle traduit des années de pression humaine sur une retenue d’eau déjà fragilisée par l’urbanisation rapide de Ouagadougou. Le barrage n°3 est devenu au fil du temps le réceptacle de nombreuses activités économiques et domestiques dont les impacts environnementaux sont souvent insuffisamment contrôlés.
L’incident soulève également la question de la surveillance environnementale. Si les premières pluies ont joué un rôle déclencheur en entraînant vers le barrage des matières organiques et divers polluants, elles n’ont fait que révéler un problème plus profond : l’accumulation progressive de contaminants dans le plan d’eau.
Face à cette crise, le ministère a réagi avec célérité en procédant à l’enlèvement des poissons morts et en sensibilisant les populations contre leur consommation. Ces mesures d’urgence étaient nécessaires pour limiter les risques sanitaires immédiats.
Toutefois, l’enjeu dépasse largement la gestion de l’incident. La restauration durable du barrage exigera un contrôle plus strict des rejets d’eaux usées, un encadrement renforcé des activités maraîchères aux abords de la retenue et un suivi régulier de la qualité des eaux.
Cette mortalité massive de poissons constitue un signal d’alarme. Elle rappelle que la préservation des ressources en eau ne relève pas uniquement des autorités publiques, mais aussi des comportements collectifs des acteurs économiques et des populations riveraines.
Au moment où les défis liés à l’environnement et au changement climatique se multiplient, le barrage n°3 apparaît comme un laboratoire grandeur nature des conséquences de la pollution sur les écosystèmes urbains. La question n’est plus seulement de comprendre pourquoi les poissons sont morts, mais de savoir si les leçons de cette catastrophe permettront d’éviter qu’elle ne se reproduise.Titre alternatif (plus percutant) :
Barrage n°3 de Ouagadougou : la mort des poissons révèle l’agonie silencieuse d’un écosystème sous pression।







